Recherche
Des solutions numériques pour l'élevage de demain
Lors de la dernière session Chambre d'agriculture de la mandature, le 3 décembre, un point technique a été fait sur le projet 5G 4Agri piloté par la Chambre régionale, qui vise à tester des solutions numériques pour l'élevage de demain.

Le 3 décembre, les élus de la Chambre d'agriculture se sont rassemblés pour la dernière session de l'année et de la mandature, avant les prochaines élections prévues en janvier. A la tribune, le président Olivier Lebert s'est exprimé en préambule sur les inquiétudes suscitées par les échanges mondiaux, l'instabilité politique en France et la cascade de réductions budgétaires annoncées, avant de revenir sur le contexte agricole " fragile ". " Cette fragilité causée par les aléas météo ou sanitaires doit être intégrée à nos coûts de production, notamment à travers des contrats ", a déclaré l'éleveur Bio de Villaines-sous-Lucé. Il a aussi rappelé le travail accompli durant la dernière mandature qui s'est en particulier focalisé sur trois axes : l'eau, le maintien de l'élevage et la transmission, avec sur ce dernier sujet des actions ciblées sur des territoires pilotes en lien étroit avec le syndicat JA.
Plateforme 5G 4Agri
Cette dernière session de l'année a été très technique, avec un point sur le projet piloté par la Chambre régionale d'agriculture 5G 4Agri (lire : 5G for agri). Financé par BPI France et réunissant un consortium de nombreux partenaires -parmi eux, le groupe Établières ou Orange qui a aidé au déploiement de la 5G-, ce projet de recherche s'appuie sur une plateforme d'expérimentation collaborative pour tester des solutions numériques dédiées à l'agriculture. La plateforme a été inaugurée le 17 octobre dernier après 3 ans de mise en œuvre, sur la Ferme expérimentale de Derval (44).
Les partenaires présents en visioconférence en ont profité pour présenter à l'assemblée plusieurs cas d'usage en cours de développement, sur la partie élevage. Il s'agit en particulier d'applications pour le suivi des animaux pour simplifier le travail de l'éleveur et/ou du vétérinaire. Estelle Nicolas, chargée de mission élevage connecté à l'Idele, travaille en particulier sur le suivi du stress thermique au pâturage via des capteurs connectés. Boucles, colliers GPS, bolus et autres accéléromètres ont déjà permis de collecter des données sur 2 saisons estivales, en 2023 et 2024, sur les fermes expérimentales des Établières et de Derval. Le matériel est relié à un boîtier internet alimenté par une batterie sur panneaux solaires. Les premiers résultats suggèrent en particulier que les génisses réagissent au stress de façon individuelle. Reste à l'équipe la phase d'analyse de données, pour mieux étudier la variabilité de la réponse au stress et en quoi elle modifie le comportement des animaux.
Simplifier le travail de l'éleveur et du vétérinaire
Alban Pobla, de la startup Dilepix, spécialisée dans l'analyse d'images par IA, a ensuite présenté un projet de suivi des animaux en bâtiment. Grâce à des caméras à 360° placées dans la stabulation de Derval, les animaux sont télésurveillés avec l'appui de l'IA pour analyser leur comportement individuel, détecter des événements clés (chaleur, vêlage) pour pouvoir intervenir au plus vite. La solution développée suit les animaux via des puces RFID, de façon non invasive, les données collectées étant transférées par la 5G. Dilepix a développé un algorithme avec l'IA pour décrypter les images, selon la technologie des réseaux de neurones. " L'idée est aussi de réduire les tâches répétitives par cette surveillance automatique et ainsi améliorer le quotidien des éleveurs ", défend Alban Pobla.
Sébastien Assié, qui forme les futurs vétérinaires ruraux au campus Oniris, a, lui, présenté une plateforme dédiée au développement de la télémédecine vétérinaires et à la téléassistance des jeunes vétérinaires. Ce projet anticipe la mise en place de la télémédecine vétérinaire dont le cadre juridique est en train d'être créé pour " apporter la preuve par le terrain de l'intérêt de cette pratique ", qui se veut aussi une réponse à la problématique des déserts vétérinaires. La plateforme et l'application mobile créées avec la société Adventiel est compatible avec les objets connectés.
Trouver la connectivité la plus adaptée
A ces sujets de recherche dont l'application peut paraître encore futuriste, les élus n'ont pas manqué de réagir, alors que " par endroit, on parle encore de zone blanche numérique ". " Chez moi, on ne capte pas dans le bâtiment, le vétérinaire non plus ", observe Pierre Debosque. " Le point de départ du projet est qu'en Vendée, suite à un engorgement de la 4G, la 5G a été installée, couvrant des parcelles de la ferme des Établières : nous avons saisi cette opportunité ", a rappelé Lucile Lefevre, chargée de projet 5G 4Agri à la Chambre d'agriculture des Pays de la Loire. Une prochaine étape du projet consistera à étudier si la 5G est indispensable aux cas d'usage, et trouver la connectivité la plus pertinente pour chaque application. " Pour ouvrir une barrière, une connexion bas débit suffit ; en bâtiment le wifi peut convenir, mais des technologies aériennes seront forcément nécessaires ", estime Lucile Lefevre. " Ces réflexions sont en tout cas captivantes et motivantes. Le coup d'œil de l'éleveur ne suffit pas parfois et ces solutions peuvent être une aide pour nos exploitations qui n'ont pas le droit à l'erreur ", a conclu Olivier Lebert.